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Mardi 17 janvier 2006
Des jeunes travailleurs corvéables et jetables à merci !

Par Léa Filoche - Secrétaire Nationale aux jeunes salariés du MJS

Il n’est pas loin le temps ou la jeunesse se mobilisait contre un projet appelé Contrat d’Insertion Professionnelle (CIP, ou Contrat d’Intérêt Patronal). C’était en mars 1994, alors que Balladur était 1er ministre. Ce CIP avait pour raison d’être la lutte contre le chômage des jeunes. Malheureusement, depuis la réalité de la jeunesse est toujours la même : 25% des moins de 25 ans sont au chômage. Lorsque ce n’est pas le chômage, c’est un stage gratuit, un emploi sous qualifié, un temps partiel subit…

Les remèdes à ce problème sont aussi toujours les mêmes pour la droite : faire de la précarité la règle pour ceux qui entrent sur le marché du travail. En 1994 la solution était de payer sous le montant du SMIC les moins de 26 ans, juste parce qu’ils avaient moins de 26 ans. Aujourd’hui, c’est de carrément l’exclusion du cadre du droit du travail qui nous est proposé. Parce que tu es jeune, ton statut ne sera pas le même que les autres. Parce que tu es jeune, tu pourras plus facilement être viré de ton boulot. Parce que tu es jeune, ta période d’essai va durer 2 ans. Parce que tu es jeune, tu seras à la merci de ton patron à qui tu ne pourras rien refuser, sinon il te licencie. Parce que tu es jeune, tu vas trouver un emploi précarisé, et en plus c’est celui de ton papa.

En plus de l’effet discriminatoire qui est à combattre, la précarisation comme seule solution au chômage des jeunes est une réponse inquiétante. Destiné aux jeunes des entreprises de plus de 20 salariés, le CPE, Contrat Première Embauche permet surtout (et encore) des exonérations de cotisations sociales pour les entreprises qui répondront à ce nouveau dispositif. Embaucher des jeunes, licenciables à tout moment, sans justification particulière, tout en ne payant pas de cotisations pendant 3 ans : quel bonheur pour les patrons !

A l’heure actuelle, selon l’OCDE, en France, un jeune met entre 8 et 11 ans pour entrer durablement sur le marché du travail, c'est-à-dire décrocher un CDI, contre 3 à 5 ans dans les autres pays de l’OCDE.

Prévoir sa vie, faire des projets, vouloir fonder une famille, voir son pouvoir d’achat augmenter, assurer sa vie active… Tout ceci n’est plus que rêve pour les jeunes soumis à ce nouveau type de contrat. Depuis la suppression des MI-SE, des emplois jeunes, les annonces en baisse du nombre de postes aux concours de l’enseignement, les jeunes voient leurs débouchés professionnels s’amoindrir avec le temps. Désormais l’employeur, contre les conventions internationales de l’OIT (Organisation Internationale du Travail), contre la déclaration européenne des droits de l’homme, contre le droit du travail, peut licencier tous les jeunes sans motif pendant les 2 premières années de son contrat. Si après 4 mois sous CPE dans la même entreprise, le jeune est licencié, il pourra toucher une indemnisation chômage à la hauteur de 460€ par mois pendant 2 mois. En fait, juste le temps pour le jeune de retrouver un nouveau CNE.

Le CPE va, nous le savons déjà, prendre progressivement la place des CDD et surtout des CDI qui ne seront plus qu’une exception sur le marché du travail. D’ailleurs, comme le CNE, le CPE peut être proposé à un jeune déjà sous CDI ou CDD. Ce qui rompt avec l’idée que ce contrat est fait pour favoriser l’entrée sur le marché du travail : les entreprises peuvent donc le proposer à des jeunes déjà dans l’entreprise mais sous un autre contrat.

Il n’est pas loin le temps ou la jeunesse a réclamé plus de moyens pour l’éducation. Il n’est pas loin non plus le temps ou la jeunesse faisait entendre son mal être, sa peur de l’avenir, son sentiment d’étouffement dans les banlieues. Il ne doit pas être loin le temps ou la jeunesse va rappeler au gouvernement que ce n’est pas en tirant les droits vers le bas que le progrès social sera au rendez vous. Refuser la précarité comme seul débouché, combattre la discrimination faite parce qu’on est jeune, s’organiser pour faire que l’emploi des jeunes passe par l’égalité des droits en matière salariale. Voila ce que nous devons répondre à ce gouvernement qui ne propose que des réponses à court terme, allant toujours dans le sens de privilégier ceux qui possèdent déjà le plus.

Par Léa Filoche - Publié dans : Analyse - débats
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