Introduction
Le 29 mai, la Gauche a voté NON, la Droite a voté OUI. C’est cet axiome qui se dégage le plus nettement des résultats du référendum. Sociologiquement, le vote du 29 mai est un véritable vote de classe. Il existe une corrélation manifeste entre le niveau de revenu et le vote. Le OUI n’est majoritaire que dans les catégories ayant un revenu supérieur à 3000 € (entre les conditions d’existence et la conscience auraient dit certains).
Au delà de l’explication sociologique, on s’aperçoit que ce sont les sympathisants de gauche (qui sont quand même souvent les dits salariés), et particulièrement les sympathisants socialistes qui ont fourni le plus gros du vote NON. En effet, 63% des proches de la gauche parlementaire ont voté NON (chiffre qui monte jusqu’à 75% si on le cumule avec l’extrême gauche).
Un des enseignements à retenir du vote en France, c’est la mobilisation de l’électorat populaire qui de plus en plus s’enfermait soit dans l’abstention soit dans le vote d’extrême droite. L’autre leçon a tirer du 29 mai 2005, est que si des socialistes n’avaient pas pris leurs responsabilités en faisant campagne pour le NON, les électeurs se seraient de nouveau retrouvés à faire un choix cornélien entre un OUI porté par Chirac et un NON par Le Pen comme ce fut cas suite au 21 avril 2002.
Cette leçon vaut aussi pour le Mouvement des Jeunes Socialistes. Le décalage entre le MJS et la jeunesse est flagrant. Le MJS qui avait pourtant pris position de manière très claire contre la constitution (plus de 80% pour le non) a brillé par son absence dans cette campagne. Les militants avaient compris ce qui se jouait dans le pays. Le Mouvement des Jeunes Socialistes aurait dû être le cadre d’expression des milliers de jeunes, dont beaucoup de socialistes, qui ont fait campagne contre ce texte.
Le cas français n’est pas unique puisque la Hollande, autre pays fondateur a également voté non et contrairement à ce que disent les commentateurs bien pensants, il ne s’agit pas d’un vote chauvin ou de replis car accepter l’idée que plus de 60% des électeurs d’un pays fondateur sont antieuropéens ou nationalistes devrait nous amener à tirer d’autres conclusions.
L’appel au vote OUI de la sociale démocratie européenne a été une erreur historique, mais comment pouvait il en être autrement au vu de l’évolution de cette dernière durant les 20 dernières années ? Ce que doit marquer le vote français, c’est le début de la cure de désintoxication du libéralisme de la sociale démocratie européenne.
Dans cette période notre organisation a un rôle majeur à jouer. Le changement de politique s’accompagnera nécessairement d’un changement générationnel. Pour être au rendez vous notre organisation devra ne pas reproduire les erreurs du passé et ce congrès doit être le moment faire le bilan de « l’autonomie » de notre organisation.
On ne pourra pas dire que nous sommes pour le renouvellement des pratiques politiques, pour en finir avec les méthodes oligarchiques de la V ème république, et dans le même expliquer comme ce fut le cas pendant le référendum que la position élaboré par le Parti Socialiste l’emporte sur la décision de 80% de notre organisation.
Ceux qui ne prendront pas la mesure de l’enjeu, devront assumer la responsabilité de la perte de confiance de plus en plus manifeste du peuple de gauche et de la jeunesse envers les socialistes dont le rôle est de les représenter.
I La crise
Le résultat du 29 mai a souvent été décrit par les commentateurs bien-pensants comme ouvrant une crise grave. C’est en réalité tout l’inverse. Le vote du 29 mai est tout entier issu de la profonde crise dans laquelle est plongée la gauche, la France, l’Europe.
I.1 L’Europe en crise
L’impasse de la construction actuelle de l’Europe, faite loin des peuples et assez largement contre les peuples, s’est révélée dans toute son acuité à l’occasion du débat sur le Traité constitutionnel.
Elaboré par un aréopage non élu, représentatif de l’oligarchie européenne incarnée par VGE, ce texte de 482 articles illustre jusqu’à la caricature les dérives de l’Europe telle qu’elle se construit depuis trop longtemps.
En voulant constitutionnaliser une architecture institutionnelle caractérisée par un grave déficit démocratique et des politiques économiques libérales, ce Traité risquait d’entériner une coupure définitive entre les peuples européens et leurs institutions communautaires.
La crise de légitimité de ceux qui gouvernent l’Europe est patente, elle n’épargne personne. Lors des élections européennes de juin 2004, le scrutin s’est soldé par la défaite de la majorité gouvernementale dans la totalité des 25 Etats, le parti majoritaire n’obtenant aucun élu en Lettonie !
La crise est aussi le résultat d’une fuite en avant, celle d’un élargissement fait sans aucun approfondissement politique préalable et surtout sans aucun moyen financier supplémentaire, contrairement à ce qui fut pratiqué avec succès pour l’Espagne et le Portugal il y a 20 ans.
Le seul modèle de développement proposé par la Commission aux nouveaux Etats membres est de faire jouer à plein l’avantage comparatif que constitue le faible coût de leur main-d’œuvre. Les délocalisations et l’alignement par le bas des salaires et de la protection sociale sont la conséquence mécanique d’un tel choix.
La crise européenne est aussi une crise économique. L’Europe ne sort pas d’un marasme profond. La France se traîne péniblement entre 1 et 2% de croissance depuis 2001 ( ?), l’Allemagne est en croissance zéro, l’Italie est en récession depuis 6 mois. Cette crise n’a rien de « naturel » : il ne sert à rien d’attendre le train de la croissance mondiale pour espérer y accrocher le wagon européen. C’est bien le carcan du Pacte de stabilité et la politique ultraorthodoxe de la Banque centrale européenne qui empêchent toute politique budgétaire et monétaire volontariste.
Au-delà des points de croissance, les conséquences de ces politiques anti-croissances sont terribles. C’est d’abord le chômage de masse (plus de 20 millions de chômeurs en Europe), cancer qui ronge la cohésion sociale des sociétés européennes.
L’échec du TCE est l’expression d’une révolte des peuples contre la crise démocratique et économique de l’Europe. Il montre qu’il n’est plus possible de poursuivre dans cette voie sans issue autre qu’une grave crise politique.
La France en crise sociale et politique
La casse sociale systématique continue
Réforme des retraites, remise en cause des 35 heures, réforme de la Sécu, et maintenant démantèlement du droit du travail : la droite poursuit méthodiquement depuis 3 ans sa politique de casse sociale. Malgré toutes les échéances électorales qui ont permis aux Français d’exprimer leur rejet des politiques libérales (régionales, européennes, referendum), le gouvernement ne dévie pas de sa route, dont Raffarin a dit avec à-propos qu’elle était « droite ». Direction : la destruction systématique des solidarités collectives, si possible en passant par des défaites infligées au mouvement social afin de décourager toute révolte future.
Après un ravalement de façade de l’équipe Raffarin III, le gouvernement Villepin alias Chirac IV, a décidé de s’attaquer au Code du travail, en proposant notamment un nouveau contrat de travail avec une période d’essai de 2 ans. C’est la porte ouverte à la précarité généralisée.
La jeunesse en état d’urgence
La jeunesse est la 1ère cible et la 1ère victime du libéralisme. 25% de chômeurs, multiplication des CDD, stages, intérim, temps partiel subi, insertion professionnelle stable sans cesse retardée, dizaines de milliers de jeunes sortant chaque année du système éducatif sans qualification…
Pour la 1ère fois, notre génération vivra moins bien que celle de ses parents. La jeunesse est aujourd’hui dans un état d’insécurité sociale qui n’est pas pris en compte par la société.
Cette précarité touchant particulièrement les jeunes n’est pas un hasard : il s’agit bien d’une stratégie délibérée de la droite. On assiste à un dressage libéral de la jeunesse, visant à en faire des travailleurs dociles. Pour la plupart des jeunes, la précarité est en effet devenue la norme.
Ce dressage par la précarité s’accompagne d’un dressage des cerveaux : l’idéologie libérale est véhiculée par tous les médias afin que son hégémonie s’impose à tous. Le modèle de la compétition généralisée, le règne de l’argent sont présentés comme les seuls possibles. On retrouve le même objectif : détruire toute idée d’action collective.
De la crise sociale à la crise politique
Telle de la lave en ébullition bloquée sous un volcan et prête à exploser, la crise sociale profonde qui s’aggrave depuis 20 ans se traduit par une grave crise politique, à force de ne pas trouver de débouché politique.
Cette crise politique est d’abord de la responsabilité de la gauche, qui n’offre pas de perspectives politiques crédibles pour réduire les inégalités, défendre et étendre les services publics, étendre la protection sociale…
Mais la crise politique est aussi celle de la Vème République agonisante. Les institutions françaises, édifiées pour brider toute vie politique active, aux antipodes du concept de démocratie participative, finissent de décourager toute intervention des citoyens dans la vie la cité. Le gouvernement ne tient aucun compte des sanctions électorales, le Chef de l’Etat ignore les désaveux successifs que le peuple lui inflige : c’est un vice fondamental de notre démocratie, qui vide de son sens le suffrage universel. La Vème République théorique n’existe déjà plus, quand le président du parti majoritaire, devenu le principal opposant au chef de l’Etat, devient vice-premier ministre, ennemi au cœur du pouvoir.
La crise démocratique et institutionnelle ne doit pas être sous-estimée. La remobilisation citoyenne observée lors du débat référendaire n’efface pas l’ampleur de la crise démocratique.
I.2 Crise de la social-démocratie en France et en Europe
Le décalage observé entre la position de la direction du Parti socialiste et celle de l’électorat socialiste (et plus encore celle de l’électorat de gauche pris dans son ensemble) illustre de façon spectaculaire la crise de la social-démocratie en France, et plus largement en Europe. Cette crise est d’abord et avant tout une crise d’orientation.
L’orientation prise par les directions des partis sociaux-démocrates européens est celle d’un accompagnement de la mondialisation libérale. Cette ligne est une ligne de renoncement à la défense des intérêts du salariat. Les gouvernements dirigés par les sociaux-démocrates mettent en place des contre-réformes néolibérales ne se différenciant guère de celles des droites européennes. Ces contre-réformes mettent à bas l’Etat social mis en place après la guerre : assurance maladie, assurance-chômage, retraites, droit du travail…
La social-démocratie européenne est en crise d’orientation depuis une vingtaine d’années, c’est-à-dire depuis l’entrée dans un nouvel âge du capitalisme caractérisé par la mondialisation des échanges, la domination de la sphère financière et la dérégulation généralisée des marchés. Les outils traditionnels de régulation économique et sociale utilisés pendant les Trente Glorieuses dans le cadre d’un capitalisme national se sont révélés inopérants, et la social-démocratie européenne a été incapable de penser de nouvelles régulations au niveau européen et international, et ainsi d’être fidèle à sa raison d’être : défendre les intérêts du salariat, mettre les méthodes du réformisme au service de l’idéal révolutionnaire.
Cette orientation de renoncement s’est concrétisée par un soutien quasi-unanime des directions des partis sociaux-démocrates européens au projet de traité constitutionnel européen.
Ce tournant idéologique et les politiques menées conduisent à une coupure croissante avec les couches populaires et à des désastres électoraux majeurs. La récente défaite sans appel du SPD lors des élections régionales en Rhénanie du Nord Westphalie illustre l’impasse de la « troisième voie ». La désaffection des couches populaires prive de base électorale la social-démocratie, confrontée à une crise existentielle.
II Sortir de la crise
II.1 Sortir la sociale démocratie de la crise
Les socialistes européens doivent tirer les leçons des 20 dernières années et se poser la question de l’orientation politique de la social démocratie européenne qui de congrès en congrès, d’élections en élections sont allés de renoncements en renoncements pour aboutir à ce qui est convenu d’appeler aujourd’hui un fossé entre la classe ouvrière et sa direction politique.
En effet, l’orientation actuelle de la social démocratie, partout où elle à été appliquée a été incapable de défendre les intérêts de ceux pour qui et par qui elle a été conçue c'est-à-dire les salariés. Partout où les socialistes ont été au pouvoir, ils ont été incapable de faire face aux dégâts sociaux de la mondialisation libérale et a fortiori au niveau européen. La caricature étant les années 1997 à 2000 où alors que la quasi-totalité des gouvernements étaient socialistes ou sociaux démocrates, l’Europe n’a jamais été aussi libérale comme on a pu le voir au moment du sommet de Lisbonne.
Des schémas du passé
Les socialistes européens sont en effet restés bloqués sur des schémas économiques du 20ème siècle où lorsqu’on perdait des productions à faible valeur ajoutée on gagnait des productions à forte valeur ajoutée et de haute technologie. Or, la libéralisation des échanges, des capitaux et des savoirs permet aujourd’hui aux pays émergents de pratiquer des politiques de dumping sur l’ensemble de la chaîne de production (de la recherche à la vente). Aucune production (ni de marchandise ni de service) n’échappe à cette règle comme on peut le voir actuellement pour l’industrie électronique et informatique qui délocalise massivement sa production vers la Chine où l’Inde.
II.2 En Europe
Il faut que l’Europe réagisse vigoureusement afin de se doter des outils économiques qui permettent de défendre le salariat européen.
Tout d’abord, nous devons mettre fin à cette politique du moins disant social qui permet à certains pays d’attirer les investisseurs par des baisses d’impôts et de cotisation qui mettent à mal les systèmes de protection sociale dans les pays de l’Est et augmentent le chômage à l’ouest.
Au lieu de cela, il faut mettre en œuvre des politiques d’intégration européenne qui aident massivement les nouveaux entrant et l’Allemagne de l’est pour leur permettre de rattraper au plus vite leur retard économique. Ces aides ne peuvent pas être limités à des fonds structurels classiques qui sont insuffisant à combler les écarts énormes entre les anciens et les nouveaux entrants. Il faut donc en plus des fonds structurels, de nouvelles sources de financement comme un impôt européen sur les sociétés ou encore que l’Union puisse elle-même emprunter (ce qui était interdit dans la constitution).
L’Europe doit également profiter du non Français et Néerlandais pour ouvrir un large débat dans les opinions publiques sur le fonctionnement de l’Union qui n’est pas « perçue comme éloignée ou anti-démocratique » mais qui l’est vraiment. Il faut exiger que l’Union entame une révolution démocratique et renforce les pouvoirs du parlement européen et que celui-ci soit réellement une instance législative au lieu d’être comme aujourd’hui la chambre d’enregistrement qui sert de caution démocratique à toutes les politiques libérales initiées par la commission et acceptée par les gouvernements. Il faut en finir avec le système politique intergouvernemental qui favorise les replis chauvin et ne permet pas de prendre en compte l’intérêt collectif des européens.
II.3 En France
En France aussi, les socialistes ont été incapables de résorber les inégalités que crée le capitalisme actionnarial. Ils n’ont pas su défendre non pas le soit disant « model français » mais simplement le model social qui certes n’est pas le même partout en Europe mais permettait de défendre les plus faibles par des politiques de péréquation que sont les impôts progressifs et les services publics. Nous ne pensons pas que les français soient sociologiquement ou anthropologiquement plus à gauche que les autres européens.
Il faut donc que nous tirions non seulement les leçons du 29 mai mais surtout celle du 21 avril qui n’ont toujours pas été tirées.
La gauche doit redevenir l’espoir des salariés et des jeunes de notre pays et pour cela changer radicalement son comportement mais aussi surtout son orientation. Cette campagne aura au moins permis de démontrer que la théorie développée par certains selon laquelle les classe populaires ne votent plus est battue en brèche. Il faut que l’espoir né du 29 mai se matérialise politiquement et pour cela seul le Parti Socialiste qui est la parti majoritaire de la gauche peut être au cœur d’un nouveau rassemblement majoritaire pour mener une autre politique.
Sans entrer dans les détails le Parti Socialiste doit commencer son programme en affirmant qu’elle abrogera toutes les lois régressives de la droite notamment sur la privatisation de l’énergie, les retraites, la sécurité sociale ou encore l’école.
Les institutions ont également montré qu’elles sont antidémocratiques puisque malgré les élections régionale, cantonale, européennes et malgré le référendum, la même clique est encore au pouvoir et continue sa politique de casse sociale.
Pour cela il faut mettre en place des institutions qui permettent de sortir des crises politiques telle que celle que nous traversons actuellement. Au-delà des slogans, il sera nécessaire de mettre fin à cette constitution de république bananière et mettre en place de réelles institutions au sein d’une nouvelle république.
Conclusion
Le nouvel espoir né le 29 mai doit maintenant se traduire matériellement dans la victoire politique de la gauche en 2007. Or, il est évident que l’union ne sera pas possible sur les bases actuelles de l’analyse de la direction du Parti Socialiste. Le Mouvement des Jeunes Socialistes devra donc peser au maximum pour que les leçons soient enfin tirer de la dérive sociale libérale des socialistes européens et que ce nouvel espoir ne débouche pas sur une nouvelle désespérance populaire.